Un chiffre sec, presque brutal : en France, une famille sur cinq a recours à des services de garde d’enfants venus d’horizons divers. Pourtant, à peine 10 % des structures se sont dotées de règles précises pour prendre en compte les spécificités religieuses, linguistiques ou alimentaires au jour le jour. Les professionnels de la garde, souvent livrés à eux-mêmes, jonglent avec des attentes parentales multiples et des normes institutionnelles parfois floues.
Parmi les réponses du terrain, on trouve quelques crèches qui modifient leurs menus, d’autres qui organisent des ateliers où les langues se mêlent, mais la plupart restent sans véritable boussole. Le plus souvent, ce sont des initiatives individuelles qui comblent les absences du collectif, avec des effets mitigés et des résultats qui varient d’un lieu à l’autre.
Pourquoi la diversité compte-t-elle vraiment dans la garde d’enfants ?
Parler de diversité dans la garde d’enfants, ce n’est pas simplement cocher une case. C’est reconnaître que chaque détail du quotidien, un repas, une chanson, une discussion, une fête, peut devenir un terrain où s’expriment les différences culturelles, religieuses, linguistiques, physiques ou liées au handicap. Éviter de s’en préoccuper, c’est laisser s’installer les préjugés et, tôt ou tard, la discrimination.
Dès la petite enfance, sensibiliser les enfants à la diversité façonne leur regard sur l’autre. Cela développe tolérance, empathie et ouverture d’esprit. Un enfant observe, imite, absorbe : les attitudes des adultes, qu’ils soient parents ou professionnels, deviennent des exemples qui marquent. Chaque geste, chaque mot, a un poids réel. Les valeurs de la diversité s’accordent avec les principes des Droits de l’Homme : égalité, fraternité, respect.
Pour mieux cerner l’impact de cette démarche, voici ce qu’elle permet d’expérimenter :
- Tolérance : accueillir l’autre, accepter la différence, dépasser la première impression.
- Empathie : saisir ce que l’autre ressent, peu importe sa culture ou son apparence.
- Lutte contre les préjugés : agir tôt pour éviter que des idées fausses ne prennent racine.
Chaque moment partagé, chaque activité, devient une occasion d’apprendre. Accorder de la place à la diversité, c’est permettre aux enfants de ne pas répéter les exclusions du passé. La garde d’enfants devient alors un espace où l’on apprend à vivre ensemble, à s’enrichir de la différence, plutôt qu’à se conformer à une norme unique.
Regards croisés : ce que la diversité apporte au développement des tout-petits
Vivre la diversité dès les premières années forge des enfants capables d’évoluer dans une société bigarrée. L’UNESCO le rappelle : l’inclusion précoce limite les préjugés et favorise le développement de compétences sociales et émotionnelles. Les enfants apprennent à comprendre l’autre, à coopérer, à échanger, à respecter des règles communes, quelle que soit la langue ou la culture.
Dans la réalité quotidienne, chaque rencontre ouvre une fenêtre sur un ailleurs. Les enfants se forgent une compréhension intuitive des différences : ils observent, questionnent, testent. La routine devient alors terrain d’exploration pour la communication interculturelle. Les échanges avec des camarades venus d’autres horizons stimulent leur vocabulaire, leur curiosité, leur capacité d’écoute.
Quant aux adultes, leur posture est décisive. Parents et professionnels guident par leur attitude : encourager la tolérance, soutenir l’empathie, valoriser chaque individualité, ce sont là des choix qui façonnent la vision du monde des enfants. L’inclusion ne se limite pas à ouvrir la porte, elle consiste aussi à faire une place active à chacun.
Voici les bénéfices concrets que l’on peut observer dans les structures attentives à la diversité :
- Coopération : apprendre à résoudre les conflits, à jouer ensemble, à se soutenir.
- Respect : donner à chacun la même valeur, sans classement selon la culture ou l’apparence.
- Ouverture sur le monde : découvrir, comparer, se réjouir des différences humaines.
En multipliant ces expériences, on prépare le terrain d’une société plus juste, dès les premiers pas.
Pratiques inclusives : comment les agences et les familles peuvent agir au quotidien
Qu’il s’agisse de crèches ou de garde à domicile, chaque acteur joue un rôle dans la prise en compte de la diversité au quotidien. Il s’agit de former les équipes à l’inclusion et à l’intégration des différences, qu’elles soient culturelles, religieuses, liées au handicap, à la langue ou à l’apparence. Ces valeurs se transmettent par des actions concrètes, pas par de simples déclarations d’intention.
Les structures collectives ont la possibilité de créer un environnement inclusif : coins lecture avec des livres en plusieurs langues, jeux qui représentent différents modèles familiaux, activités inspirées de coutumes variées. Proposer des chansons venues d’ailleurs, introduire des plats du monde ou raconter des histoires issues de traditions multiples, c’est semer la curiosité et encourager le respect de l’autre.
Dans la sphère familiale, le dialogue reste la clé. Échanger sur l’histoire, les privilèges, les discriminations vécues par certains permet à l’enfant de mieux comprendre les enjeux de fraternité et d’égalité. Préparer ensemble des recettes du monde, visiter un musée, écouter de la musique étrangère ou rencontrer des personnes d’origines variées sont autant d’expériences qui ouvrent l’esprit.
Pour agir concrètement, voici des pistes à privilégier :
- Former les professionnels à la diversité et à l’inclusion
- Mettre à disposition des ressources diversifiées qui reflètent toutes les familles
- Valoriser chaque individualité, encourager l’écoute et la tolérance
Ressources et idées concrètes pour encourager l’inclusion dès le plus jeune âge
De nombreux outils existent pour stimuler la curiosité et renforcer le respect de la diversité. On trouve des jeux et livres mettant en avant des familles, des enfants, des cultures variées. Par exemple, l’éditeur Hop’Toys propose les jeux My family builders pour illustrer la diversité familiale, des poupées Myla et Noa qui représentent des enfants porteurs de trisomie 21, ou le jeu Les invisibles pour sensibiliser aux handicaps non visibles. Le livre Pareil pas pareil aborde habilement la question des différences et ouvre le dialogue sur ce qui rapproche et distingue.
Côté crèche, certaines structures, comme Cap Enfants, misent sur la Bulle Musicale pour inviter à une immersion dans plusieurs cultures. Les Voyages Musicaux proposent d’explorer des musiques, langues et traditions du monde à travers des ateliers sensoriels. L’enfant découvre, écoute, manipule. Il apprend par l’émotion, la surprise, le partage.
Pour varier les approches, voici quelques idées d’activités qui favorisent la prise en compte de chaque enfant :
- Inviter chaque enfant à partager une histoire familiale ou une chanson dans une autre langue.
- Organiser des ateliers de cuisine pour explorer ensemble la diversité des saveurs.
- Créer des temps d’échange autour des fêtes, coutumes et croyances de chacun.
Ces initiatives, portées aussi bien par les parents que par les professionnels, incarnent l’ouverture et l’égalité. La diversité devient moteur de coopération et de compréhension mutuelle. Chaque geste, chaque choix d’activité ou de matériel éducatif prend alors tout son sens. Parce que c’est dans la répétition d’actes quotidiens et dans la richesse des expériences partagées que l’inclusion prend racine et transforme les regards.


