Personne ne s’imaginait, en 2013, que l’inscription de l’éducation artistique et culturelle dans le socle commun susciterait autant de disparités huit ans plus tard. Sur le papier, chaque élève bénéficie d’un parcours culturel digne de ce nom. Mais sur le terrain, l’écart se creuse d’un établissement à l’autre, d’une commune à l’autre, au gré des arbitrages budgétaires et des priorités locales.
Les réformes s’enchaînent, les disciplines jugées prioritaires grignotent l’emploi du temps, et l’EAC, souvent reléguée à la marge, se heurte à la réalité des moyens. Les droits culturels, pourtant consacrés par la loi, restent hors de portée pour de nombreux jeunes, leur accès à la culture dépendant trop souvent de leur code postal.
Pourquoi l’éducation artistique et culturelle est essentielle pour tous les élèves
L’éducation artistique et culturelle (EAC) irrigue tout le parcours scolaire, de la maternelle au lycée. Son ambition est claire : offrir à chacun une vraie offre culturelle, transmettre des références partagées et affûter le regard critique de chaque élève. Aller à la rencontre des œuvres, pratiquer soi-même, échanger avec des artistes, l’EAC ne se limite pas à la contemplation, elle invite à l’expérimentation et à la participation.
Pour concrétiser cette ambition, le ministère de l’éducation nationale, épaulé par le ministère de la culture et les collectivités territoriales, déploie une palette d’actions. Trois axes structurent le parcours d’éducation artistique et culturelle : découvrir des œuvres, s’initier à la pratique artistique et rencontrer ceux qui les font vivre. Cela prend forme à travers des ateliers, des projets, des résidences, mobilisant enseignants, artistes, médiateurs et structures culturelles.
Voici ce que vise concrètement l’EAC dans les écoles et collèges de France :
- Développer la curiosité, l’esprit critique et la créativité de chacun.
- Lutter contre les inégalités d’accès à la culture en dépassant les barrières sociales ou territoriales.
- Tisser des liens solides entre l’école et l’écosystème culturel local.
La politique culturelle de l’éducation nationale cherche à démocratiser les savoirs et à décloisonner les matières. Les collectivités territoriales sont des partenaires de premier plan : sans leur implication, pas de projets sur le terrain, pas d’ancrage local. Mais le parcours d’éducation artistique et culturelle reste tributaire des ressources, ce qui accentue les contrastes d’un territoire à l’autre.
L’éducation artistique et culturelle (EAC) dépasse le cadre scolaire. Elle façonne des citoyens attentifs à la diversité, transmet un héritage commun et valorise toutes les formes d’expression. L’engagement des enseignants, la mobilisation des collectivités et la volonté des ministères sont les moteurs d’une politique qui ne se mesure pas qu’en chiffres, mais dans la capacité des élèves à faire sienne la culture et à la réinventer.
Quels droits culturels l’EAC permet-elle d’exercer et de défendre aujourd’hui ?
L’éducation artistique et culturelle offre à chaque élève une porte d’entrée vers les droits culturels. Par le biais de l’action culturelle menée conjointement par l’éducation nationale et ses partenaires, les jeunes accèdent à une offre culturelle riche, pensée pour nourrir leur curiosité et soutenir leur capacité à s’exprimer, que ce soit en solo ou en groupe. La pratique artistique occupe une place centrale : elle autorise à créer, s’approprier de nouveaux langages, dialoguer autrement.
La charte pour l’éducation artistique rappelle le droit de chacun à la participation à la vie culturelle. L’accès au pass Culture incarne cette volonté de rendre tangible le droit d’entrer en contact avec les œuvres, les artistes, les lieux. Bien plus qu’un catalogue de compétences, l’EAC encourage la reconnaissance de toutes les pratiques et de toutes les références, dans une logique d’éducation populaire qui déborde largement les frontières de l’école.
Voici des leviers concrets que l’EAC met à disposition pour exercer ces droits :
- Prendre part à la vie culturelle de son quartier, de sa commune ou de sa région.
- Concevoir et mener des projets EAC en partenariat avec les acteurs locaux.
- Exprimer sa créativité sous toutes ses formes, sans autocensure.
La formation des enseignants, l’implication dans des projets EAC, la valorisation des initiatives portées localement : autant de leviers pour faire vivre ces droits, les défendre et les élargir. L’EAC agit comme un rappel : l’accès à la culture ne relève pas du privilège, mais d’un engagement collectif et d’une promesse publique à tenir.
Évaluer les apprentissages en EAC : enjeux, défis et pistes d’amélioration
Évaluer en éducation artistique et culturelle n’a rien d’une formalité ni d’un copier-coller des méthodes classiques. Les compétences artistiques et culturelles échappent souvent aux grilles habituelles de l’éducation nationale, tant la diversité des parcours et des situations complexifie la tâche. Chaque projet, chaque production est unique, et l’évaluation doit s’en accommoder.
Avec la montée en puissance du numérique, les enseignants cherchent à repenser leurs outils d’évaluation. Ils alternent entre restitutions individuelles, projets collectifs, carnets de bord, avec un fil directeur : mettre en avant la créativité, reconnaître l’investissement, accompagner le cheminement de chaque élève. Certaines académies innovent avec des dispositifs d’auto-évaluation ou de co-évaluation, qui ouvrent un espace de dialogue entre élèves, enseignants et intervenants extérieurs.
Les axes d’amélioration et d’expérimentation se dégagent autour de trois priorités :
- Valoriser toutes les formes de productions : de la vidéo à l’écriture, en passant par la performance ou la création plastique.
- Inviter les élèves à réfléchir sur leur démarche, pas seulement sur le résultat affiché.
- Prendre en compte le regard des pairs et des intervenants extérieurs pour enrichir la démarche d’évaluation.
La formation continue des enseignants devient un enjeu fort. Le conseil en éducation artistique accompagne la construction d’outils partagés et adaptés à la réalité de la culturelle éducation à distance. Comprendre la richesse du geste artistique, redéfinir ce qui fait la réussite, voilà les défis à relever pour faire progresser l’EAC.
Des solutions concrètes pour préserver et valoriser l’EAC en période de crise
La crise sanitaire a bouleversé l’éducation artistique et culturelle. Face à l’urgence, le ministère de la culture, le ministère de l’éducation nationale et les collectivités territoriales ont repensé leurs dispositifs pour maintenir une offre culturelle vivante. Plusieurs collectivités ont uni leurs efforts : ateliers virtuels, résidences d’artistes à distance, conférences interactives… L’objectif ? Sauvegarder les projets EAC et préserver l’indispensable lien entre élèves, enseignants et artistes.
Les plateformes numériques, impulsées par la mission éducation artistique et soutenues par les réseaux locaux, ont ouvert l’accès à de nouveaux contenus : expositions en ligne, concerts diffusés en direct, ateliers interactifs. Les enseignants s’appuient sur ces outils collaboratifs pour organiser des échanges, stimuler la créativité et fédérer les classes, même éclatées géographiquement. L’INSEAC (Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle) accompagne, forme et conseille les équipes pour faire vivre ces démarches innovantes.
Trois types d’actions ont particulièrement contribué à maintenir l’élan de l’EAC pendant la crise :
- Renforcer la concertation entre les acteurs culturels et les équipes éducatives.
- Encourager les initiatives locales, en lien avec les régions et les départements, pour inventer de nouveaux formats.
- Mettre à disposition des ressources libres, en soutien aux pratiques pédagogiques et à la réflexion collective.
La culture éducation a trouvé, dans cette période, une force inattendue. Même à distance, la création artistique a continué de rassembler, d’ouvrir des perspectives et de rappeler à chacun qu’un territoire vivant, c’est d’abord un territoire où l’on crée et où l’on partage.


